Comment est mort d’Artagnan et qui a tiré le coup fatal ?

Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan, est mort le 25 juin 1673 devant Maastricht, touché par une balle de mousquet lors d’un assaut sur les fortifications hollandaises. La question de l’identité du tireur, elle, reste sans réponse fiable : aucune source militaire de l’époque ne permet de désigner un soldat précis ni de reconstituer la trajectoire du tir fatal.

Tir rasant ou tir plongeant : ce que la balistique du siège de Maastricht change

L’imaginaire populaire, nourri par les gravures et les romans, montre d’Artagnan fauché par un tir plongeant depuis les hauts remparts de la ville. Les travaux récents d’historiens militaires néerlandais et français remettent en cause cette représentation.

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D’Artagnan commandait le groupe des mousquetaires de la Maison du roi engagés en assaut de couverture devant la brèche, près de la porte de Tongres (dite de Vroenhoven). À cette distance et dans cette configuration, une blessure par tir horizontal depuis la contrescarpe ou les parapets avancés est bien plus probable qu’un tir venu des hauteurs.

La distinction peut sembler anecdotique. Elle ne l’est pas. Un tir rasant implique que le coup fatal a été tiré par un défenseur posté dans les ouvrages avancés, à quelques dizaines de mètres, et non par un tireur embusqué sur les remparts principaux. L’angle d’impact, la portée efficace des armes utilisées et la position du corps au moment de la chute concordent avec cette hypothèse tactique.

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Objets historiques du XVIIe siècle disposés sur une table en chêne, incluant une carte ancienne, un journal manuscrit, un pistolet à silex et des balles de mousquet illustrant le contexte de la mort de d'Artagnan

Mousquets et fusils à silex au siège de Maastricht : les armes des défenseurs

Les inventaires néerlandais et français liés au siège de Maastricht montrent que les défenseurs disposaient à la fois de mousquets à mèche classiques et de fusils à silex plus récents. Les deux types d’armes coexistaient dans les garnisons hollandaises de cette période.

Type d’arme Mécanisme Usage au siège
Mousquet à mèche Allumage par mèche lente Majoritaire dans les garnisons, tir depuis des positions fixes sur les parapets
Fusil à silex (snaphance ou à platine française) Percussion par silex sur batterie d’acier En dotation croissante, adapté aux tirs rapides depuis les ouvrages avancés

Le terme générique « balle de mousquet », répété dans la tradition historiographique, masque cette réalité. Le projectile qui a tué d’Artagnan pouvait aussi bien provenir d’un fusil à silex, arme plus maniable et plus rapide à recharger, particulièrement adaptée aux combats rapprochés dans les ouvrages de contrescarpe.

Le récit de l’abbé Charrier et la tradition historiographique

La version la plus détaillée de la mort de d’Artagnan provient du récit de l’abbé René Charrier, rédigé à la fin du XVIIe siècle. C’est cette source que la plupart des articles et ouvrages reprennent depuis, parfois sans le mentionner.

Charrier situe la mort à la porte de Tongres, le 25 juin 1673, par une balle de mousquet tirée depuis les remparts. Le problème : aucun témoignage oculaire direct ne corrobore cette reconstitution avec la précision que Charrier lui donne. Les mémoires de Quarré d’Aligny, officier présent lors de l’assaut, confirment la mort de d’Artagnan ce jour-là et saluent « notre commandant si connu et estimé de tout le monde », mais sans détailler les circonstances balistiques.

Saint-Simon, dans ses Mémoires, note simplement qu’il « fut tué devant Maëstricht en 1673 ». Pas de description du coup fatal, pas de mention du tireur.

  • Le récit de Charrier est la source la plus précise, mais c’est un récit tardif, pas un rapport militaire de terrain.
  • Les mémoires de Quarré d’Aligny confirment le lieu et la date, sans détail sur la blessure.
  • Saint-Simon mentionne la mort sans aucune reconstitution.
  • Aucun document d’archive militaire français ou hollandais n’identifie le tireur.

Mort de d’Artagnan : pourquoi le tireur reste inconnu

La question « qui a tiré le coup fatal ? » suppose qu’un soldat identifiable a visé et abattu d’Artagnan. Dans le contexte d’un assaut de siège au XVIIe siècle, cette hypothèse est anachronique.

Les combats devant la porte de Tongres impliquaient des centaines de défenseurs tirant depuis des positions rapprochées sur des vagues d’assaillants. D’Artagnan dirigeait l’attaque avec deux régiments d’infanterie, environ 300 grenadiers et une centaine de mousquetaires. Dans ce chaos, attribuer un tir précis à un tireur individuel est impossible.

Vue panoramique d'une reconstitution d'un siège militaire du XVIIe siècle avec des soldats en uniformes d'époque avançant vers une forteresse sous la fumée de canon, illustrant la bataille de Maastricht où mourut d'Artagnan

Les défenseurs hollandais ne tenaient pas de registres de tirs individuels. Côté français, les rapports militaires de l’époque s’intéressaient aux résultats tactiques (prise ou perte d’un ouvrage), pas aux circonstances balistiques de la mort d’un officier, fût-il capitaine-lieutenant des mousquetaires.

D’Artagnan entre histoire et roman de Dumas

Alexandre Dumas a fait mourir d’Artagnan au siège de Maastricht dans Le Vicomte de Bragellon, le dernier volet de sa trilogie des mousquetaires. Dans le roman, d’Artagnan reçoit une balle lors de l’assaut et meurt en recevant son bâton de maréchal. Cette scène dramatique a fixé l’image d’une mort héroïque et identifiable dans l’esprit du public.

La réalité documentée est plus sèche. D’Artagnan a bien participé avec succès à la prise de la demi-lune près de la porte de Tongres dans la nuit du 24 au 25 juin. Il a été relevé au petit matin par MM. de Montbron et de La Feuillade. C’est lors de la contre-attaque hollandaise qui a suivi que d’Artagnan a été tué, probablement par un tir depuis les ouvrages avancés.

La dépouille de d’Artagnan n’a jamais été formellement retrouvée. Des ossements exhumés à Maastricht ont relancé la quête de sa tombe ces dernières années, sans confirmation définitive à ce jour. Le mystère autour de ses restes prolonge celui qui entoure les circonstances exactes de sa mort : on sait où, on sait quand, mais le comment précis et le qui restent hors de portée des archives.