Le surpaiement par chèque ou virement falsifié reste le pivot de la majorité des fraudes côté vendeur sur Leboncoin. Le scénario ne varie presque pas d’une affaire à l’autre, et c’est précisément cette répétition qui le rend redoutable : l’acheteur feint l’urgence, paie un montant supérieur au prix convenu, puis réclame un remboursement partiel avant que l’opération bancaire initiale ne soit rejetée.
Comprendre la mécanique financière derrière cette arnaque Le Bon Coin paiement permet de couper le scénario dès les premières secondes.
Surpaiement Leboncoin : pourquoi le chèque de banque falsifié passe les premiers contrôles
Un chèque de banque contrefait n’est pas un brouillon grossier. Les faux circulant sur les plateformes de petites annonces reproduisent le filigrane, le format et la typographie d’un établissement réel. La banque du vendeur crédite le compte sous réserve d’encaissement, ce qui donne l’illusion d’un paiement effectif pendant plusieurs jours ouvrés.
Le fraudeur exploite ce délai. Il envoie un chèque d’un montant supérieur au prix de l’objet (parfois de plusieurs centaines d’euros), invoque une erreur de saisie ou des frais de transport prépayés, puis demande au vendeur de restituer la différence par virement instantané ou mandat cash. Le rejet du chèque intervient après que le vendeur a déjà renvoyé l’excédent, et la banque débite alors le montant total.
Le même principe s’applique aux virements SEPA falsifiés : un faux avis de virement (capture d’écran retouchée ou e-mail imitant une notification bancaire) remplace le chèque, mais la logique reste identique. Le vendeur croit avoir reçu l’argent, rembourse la différence, puis découvre que le virement n’a jamais existé.

Faux acheteur pressé sur Leboncoin : anatomie du script de pression
L’urgence fabriquée est l’outil principal du faux acheteur. Nous observons systématiquement la même séquence dans les dossiers remontés sur les forums spécialisés et les plateformes de signalement.
- Premier message envoyé dans les minutes suivant la mise en ligne de l’annonce, souvent hors des heures habituelles de consultation, avec une acceptation immédiate du prix sans négociation
- Demande rapide de quitter la messagerie Leboncoin pour basculer sur e-mail, SMS ou WhatsApp, ce qui neutralise la traçabilité interne et le système de paiement sécurisé de la plateforme
- Prétexte d’un déplacement professionnel, d’un déménagement imminent ou d’un cadeau à envoyer en urgence pour justifier l’impossibilité de se déplacer et imposer un envoi par transporteur
- Envoi d’une preuve de paiement (faux e-mail de confirmation, capture d’écran de virement) avant même que le vendeur ait communiqué ses coordonnées bancaires
Ce script fonctionne parce qu’il court-circuite le temps de réflexion. La pression temporelle pousse le vendeur à expédier le colis ou à effectuer un remboursement partiel avant toute vérification bancaire réelle.
Sortie de plateforme : le point de bascule technique
Tant que l’échange reste dans la messagerie intégrée de Leboncoin et que le paiement transite par le système sécurisé de la plateforme, le vendeur conserve une couverture contractuelle. Dès que la conversation migre hors plateforme, cette protection disparaît. Le faux acheteur le sait, et la demande de basculer sur un autre canal constitue le signal d’alerte le plus fiable.
Arnaque au colis urgent et faux transporteur Leboncoin
La variante « colis urgent » complète le scénario de surpaiement. L’acheteur fictif affirme qu’un transporteur (souvent présenté comme Chronopost, DHL ou UPS) passera dans les heures qui suivent. Il envoie ensuite un faux e-mail ou SMS au nom du transporteur, contenant un lien de suivi factice.
Ce lien redirige vers une page de phishing qui reproduit l’interface du transporteur ou de Leboncoin. La page demande au vendeur de saisir ses coordonnées bancaires pour « valider la réception du paiement » ou « confirmer l’expédition ». Les informations saisies servent ensuite à réaliser des prélèvements frauduleux.
Le faux e-mail de transporteur imite souvent l’adresse d’expédition d’un service client légitime, avec une seule lettre modifiée dans le nom de domaine (par exemple, chr0nopost au lieu de chronopost). Vérifier l’adresse complète de l’expéditeur, caractère par caractère, reste le seul contrôle fiable à ce stade.
Signalement et recours après une arnaque Le Bon Coin paiement
Les articles généralistes recommandent de « contacter sa banque » sans préciser le cadre applicable. Nous recommandons une séquence plus structurée, fondée sur les canaux désormais prioritaires.
Le canal THESEE (plateforme de plainte en ligne du ministère de l’Intérieur) couvre explicitement les fraudes au paiement sécurisé, les faux SMS de livraison et les liens de phishing liés aux plateformes de petites annonces. Un dépôt de plainte via THESEE déclenche un traitement spécialisé, plus rapide qu’un passage au commissariat pour ce type de dossier.
En parallèle, le signalement sur signal.conso.gouv.fr et cybermalveillance.gouv.fr alimente les bases de données utilisées par les services de Bercy pour identifier les campagnes de fraude actives. Ces deux canaux sont désormais recommandés officiellement pour les variantes observées sur Leboncoin (faux mandats cash, faux liens de paiement, transporteurs factices).
Opération non autorisée : la banque peut être tenue de rembourser
Lorsque la fraude a impliqué un prélèvement ou un paiement par carte réalisé sans authentification forte conforme à la DSP2, l’opération est qualifiable de « non autorisée ». Dans ce cas, la banque du vendeur ou de l’acheteur victime doit rembourser sauf à prouver une négligence grave du client. La tendance récente montre que les établissements bancaires sont plus souvent contraints d’indemniser les victimes lorsque le dispositif d’authentification n’a pas fonctionné correctement.
Conserver l’intégralité des échanges (captures d’écran horodatées de la messagerie, e-mails reçus avec en-têtes complets, relevés bancaires) constitue la pièce la plus déterminante pour appuyer une demande de remboursement auprès de la banque ou, en cas de refus, devant le médiateur bancaire.
Le réflexe le plus protecteur reste le plus simple : ne jamais rembourser un trop-perçu avant d’avoir constaté le crédit définitif sur son relevé bancaire, et ne jamais quitter le système de paiement intégré de Leboncoin pour valider une transaction.

